wolfSSL et wolfSSH sont des bibliothèques TLS et SSH écrites en C, pensées pour l'embarqué : routeurs, équipements industriels, objets connectés, firmwares. Deux CVE notées 9.1 les concernent, publiées par NVD à dix jours d'intervalle.
| CVE | Bibliothèque | CVSS 3.1 | Vecteur | Publication NVD | CISA KEV |
|---|---|---|---|---|---|
| CVE-2026-89134 | wolfSSL | 9.1 (CRITICAL) | AV:N/AC:L/PR:N/UI:N/S:U/C:N/I:H/A:H | 2026-09-27 | non (à la date de rédaction) |
| CVE-2026-81535 | wolfSSH | 9.1 (CRITICAL) | AV:N/AC:L/PR:N/UI:N/S:U/C:H/I:H/A:N | 2026-10-07 | non (à la date de rédaction) |
Le fil conducteur, c'est la difficulté de corriger ce type de composant. Sur un serveur, tu mets à jour un paquet. Dans l'embarqué, la bibliothèque est compilée dans un firmware : la correction dépend du fabricant de l'équipement, qui doit reconstruire et publier une nouvelle image. Le premier travail est donc souvent de savoir où ces bibliothèques se trouvent.
wolfSSL — CVE-2026-89134
Ce que fait la faille
Les contraintes de nom (name constraints) d'un certificat d'autorité limitent les noms pour lesquels cette autorité peut émettre. Une AC intermédiaire contrainte à un domaine ne doit pas pouvoir certifier un autre domaine. C'est un garde-fou important pour les PKI d'entreprise et les autorités déléguées.
Selon NVD, wolfSSL appliquait mal cette vérification dans un cas particulier : un certificat sans nom DNS dans son extension Subject Alternative Name, mais portant un autre type de nom alternatif. Dans ce cas, le nom commun (CN) du sujet, hors du périmètre autorisé, était accepté.
This incomplete fix from CVE-2026-6731, leading to the name-constraint check issue, was introduced in wolfSSL version 5.9.2.
C'est donc une régression : le correctif d'une faille antérieure, CVE-2026-6731, était incomplet.
Pourquoi c'est grave
Le contournement d'une contrainte de nom permet à une AC contrainte, ou à quelqu'un qui en contrôle la clé, de produire un certificat accepté pour un nom qu'elle n'aurait jamais dû couvrir. Le client wolfSSL fait alors confiance à un serveur qui n'est pas celui qu'il croit joindre. L'exposition réelle dépend de l'usage : la faille compte surtout là où des contraintes de nom sont effectivement utilisées dans la chaîne de confiance.
Versions
NVD indique que le défaut a été introduit en 5.9.2 et publie une borne à 5.9.2. NVD ne donne pas de version corrigée explicite : consulte l'avis wolfSSL et les notes de version pour la version à installer.
wolfSSH — CVE-2026-81535
Ce que fait la faille
La faille ne concerne que wolfSSH compilé avec l'option de transfert de port (--enable-fwd). SSH permet d'ouvrir des canaux de transfert TCP ; ceux de type forwarded-tcpip sont normalement ouverts par le serveur, en réponse à une redirection demandée par le client.
NVD décrit deux défauts liés :
- côté point de terminaison, ces canaux sont acceptés sans passer par la politique d'autorisation de l'application et sans limite de nombre, ce qui permet à un pair malveillant de faire allouer des tampons sans fin ;
- côté client, wolfSSH ne vérifie pas qu'un canal ouvert par le serveur correspond bien à une redirection qu'il a demandée, comme l'exige la RFC 4254.
Pourquoi c'est grave
Un pair SSH malveillant, client ou serveur selon le cas, peut ouvrir des flux réseau que l'application n'a jamais autorisés, ou épuiser la mémoire de l'équipement. Sur un appareil embarqué aux ressources limitées, l'épuisement mémoire suffit à le mettre hors service.
Versions
NVD décrit les versions jusqu'à 1.5.0 compilées avec --enable-fwd, et publie une borne à 1.6.0. Cette borne n'est pas présentée comme la version corrigée dans la description : vérifie l'avis wolfSSL avant de conclure.
Détection
- Inventaire logiciel des firmwares : cherche wolfSSL et wolfSSH dans les SBOM fournis par tes fabricants, ou dans les avis qu'ils publient.
- Projets internes : recherche des dépendances wolfSSL / wolfSSH dans tes dépôts, leur version, et les options de compilation (
--enable-fwdpour wolfSSH). - wolfSSL : identifie si des contraintes de nom sont utilisées dans tes PKI internes, et si des clients wolfSSL s'y fient.
- wolfSSH : surveille la consommation mémoire des équipements exposant SSH et les connexions SSH depuis ou vers des pairs inattendus.
Mitigation
- Mettre à jour wolfSSL et wolfSSH vers les versions corrigées indiquées par wolfSSL, puis reconstruire les binaires ou firmwares concernés.
- Demander aux fabricants de tes équipements s'ils embarquent ces bibliothèques, dans quelle version, et quand un firmware corrigé sera disponible.
- Compiler wolfSSH sans
--enable-fwdsi ton application n'a pas besoin du transfert de port. - Limiter l'exposition SSH des équipements embarqués au réseau d'administration.
- Ne pas compter sur les seules contraintes de nom pour cloisonner une AC intermédiaire : limite aussi la diffusion de ses clés et la liste des AC de confiance des clients.
Pourquoi surveiller en continu tes bibliothèques embarquées
Une bibliothèque compilée dans un firmware n'apparaît dans aucun gestionnaire de paquets. Elle ne se signale pas quand une CVE la touche : c'est à toi de savoir qu'elle est là. Les SBOM fabricants et un inventaire tenu à jour sont les seuls moyens de relier une CVE comme celles-ci à tes équipements réels.
Avec cveo.tech, déclare les composants de tes équipements et de tes projets avec leur version, et reçois une alerte dès qu'une CVE critique les concerne.