Deux CVE critiques publiées ces derniers jours n'ont, à première vue, rien en commun : l'une touche Termix, un outil de gestion de serveurs SSH, l'autre ai-gateway-payload-processing, un composant de passerelle LLM suivi par Red Hat. Leurs vecteurs CVSS racontent pourtant la même histoire : PR:L (un compte ordinaire suffit) et S:C (l'impact déborde du composant vulnérable). Dans les deux cas, un utilisateur légitime sort du périmètre que l'application est censée lui imposer.
Aucune des deux n'est au catalogue CISA KEV à la date de rédaction.
| CVE-2026-120322 | CVE-2026-117574 | |
|---|---|---|
| Produit | Termix (jusqu'à 2.9.2) | ai-gateway-payload-processing |
| Publication NVD | 2 novembre 2026 | 28 octobre 2026 |
| Statut NVD | Received | Awaiting Analysis |
| Faiblesse | Path traversal (CWE-22) | Contournement d'autorisation par clé contrôlée par l'utilisateur (CWE-639) |
| CVSS 3.1 | 9.9 (VulDB) | 9.1 (Red Hat) |
| Vecteur 3.1 | AV:N/AC:L/PR:L/UI:N/S:C/C:H/I:H/A:H | AV:N/AC:L/PR:L/UI:N/S:C/C:H/I:L/A:L |
| Exploit public | oui, selon la description | non mentionné |
Termix : CVE-2026-120322
La faille se trouve dans le point d'API /plugin-api/file-manager/transferToHost, utilisé par le gestionnaire de fichiers. Le paramètre destPath n'est pas contrôlé : en y glissant des séquences de remontée de répertoire, un utilisateur authentifié fait écrire un fichier où il veut. Le titre du rapport cité en référence parle d'écriture de fichier arbitraire.
VulDB, CNA de cette CVE, la note 9.9 en CVSS 3.1 et 8.6 en CVSS 4.0 (CVSS:4.0/AV:N/AC:L/AT:N/PR:L/UI:N/VC:H/VI:H/VA:H/SC:H/SI:H/SA:H/E:P). La description précise que l'exploit est public.
Pourquoi c'est sérieux : un outil de gestion SSH est par nature une machine de confiance, qui détient des accès vers d'autres serveurs. Pouvoir y écrire un fichier à un emplacement choisi ouvre la voie, selon ce que le processus a le droit d'écrire, à l'exécution de code ou à la modification de la configuration. C'est une déduction, pas un scénario décrit dans l'entrée NVD.
Correctif. La description indique que le raccourci en cause a été retiré dans le plugin File Manager autonome v1.0.0 (le moteur de transfert écrit désormais toujours via SFTP) et dans le cœur v26.10.0. Elle précise aussi que l'éditeur, contacté avant la divulgation, n'a pas répondu à VulDB. NVD ne fournit aucune configuration CPE : vérifie la version installée dans le dépôt du projet.
Red Hat ai-gateway-payload-processing : CVE-2026-117574
Ce composant traite les requêtes d'une passerelle LLM partagée entre plusieurs tenants. La description NVD détaille le mécanisme :
- un attaquant authentifié envoie une requête en indiquant, dans le corps ou dans un en-tête, l'identifiant de modèle d'un autre tenant ;
- le service va chercher les identifiants correspondants dans un magasin de secrets partagé, sans vérifier que le demandeur y a droit ;
- il injecte les clés API du tenant ciblé dans la requête.
Résultat : l'attaquant consomme les ressources et les quotas LLM d'un autre client, à ses frais. La note de Red Hat est de 9.1 (C:H/I:L/A:L). Le C:H reflète l'usage des clés d'autrui ; la description ne dit pas que les clés elles-mêmes sont renvoyées à l'attaquant.
C'est un cas d'école de CWE-639 : l'application fait confiance à un identifiant fourni par le client pour décider à quelles données il accède. On retrouve la même famille de risque, l'exposition des clés de fournisseurs LLM, que dans la faille LiteLLM ajoutée au KEV en mai, avec un mécanisme différent.
Versions. NVD ne liste ni produit Red Hat concerné, ni version, ni correctif : la fiche est en attente d'analyse. Les seules références sont la page CVE de Red Hat et l'entrée Bugzilla 2494861. Consulte la page CVE de Red Hat pour savoir quels produits embarquent ce composant et dans quelle version il est corrigé.
Détection
Termix
- Repère les instances et leur version (cœur et plugin File Manager).
- Dans les journaux HTTP, cherche les appels à
/plugin-api/file-manager/transferToHostdontdestPathcontient../ou un chemin absolu hors des répertoires attendus. - Contrôle les fichiers récemment modifiés sur l'hôte, en particulier hors des répertoires de transfert habituels.
Passerelle IA
- Compare, par tenant, la consommation de tokens et les appels par modèle : un tenant qui utilise un modèle qui n'est pas le sien est le signal direct.
- Si les journaux de la passerelle conservent l'identifiant de modèle demandé et le tenant authentifié, cherche les requêtes où les deux ne correspondent pas.
Mitigation
- Termix : passe au cœur v26.10.0 ou ultérieur, ou au plugin File Manager autonome v1.0.0. En attendant, limite l'accès à l'interface aux seuls administrateurs, derrière un VPN.
- Termix : réduis les droits du processus sur l'hôte, pour limiter ce qu'une écriture arbitraire peut atteindre.
- Passerelle IA : applique le correctif dès que Red Hat le publie pour ton produit. Entre-temps, plafonne les quotas par tenant et surveille la facturation des fournisseurs LLM.
- Passerelle IA : si tu soupçonnes un abus, fais tourner les clés API des tenants concernés.
Pourquoi surveiller en continu tes outils d'administration et tes briques IA
Ni l'une ni l'autre de ces CVE n'a de configuration CPE pour l'instant : une veille limitée aux correspondances CPE ne les signalera pas. Les outils d'administration et les composants IA s'installent souvent hors du parc officiel, ce qui les rend d'autant plus faciles à oublier.
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